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Khyrladel la cité des anges
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TEASER

27 Septembre 1986...

       La pluie tombait dru sur la grande ville de Los Angeles, mais l'effervescence demeurait toujours aussi importante. Quasiment tous les quartiers étaient surchargés de voitures et de piétons, des cris, des bruits de klaxon, tellement habituels pour tout le monde, animaient la vie nocturne de la cité des anges.
       Deux hommes d'un âge avancé marchaient rapidement dans les rues sombres d'un quartier peu sûr, comme s'ils avaient le diable au corps. Un des deux hommes, aux longs cheveux argentés et avec une barbe blanche tenait dans ses bras un linceul dans lequel un bébé dormait à moitié. Le second homme, chauve et au regard effrayé était devant lui et passait son temps à regarder autour de lui.

HOMME 1 : Tu es sûr que c'est une bonne idée ? Cet endroit ne me dit rien qui vaille...
HOMME 2 : Nous n'avons pas vraiment le choix, Hériosse. Nous y sommes presque, ne t'en fais pas.
HERIOSSE : C'est pour le petit que je m'inquiète surtout Proserpias, pas nous. Tu connais tout aussi bien que moi tous les dangers existant dans ce monde.
PROSERPIAS : C'est pour cette raison que personne ne pensera à le chercher ici. Et tu sais tout aussi bien que moi que personne ne pourra lui faire de mal. Ah voilà, c'est cette maison.

       Tous deux s'arrêtèrent devant le bâtiment de l'orphelinat Sainte Catherine. Alors que Proserpias paraissait déterminé, les yeux de Hériosse était envahi par la méfiance.
       Proserpias s'approcha, commença à monter les marches et s'agenouilla devant la porte, sur une vieille paillasse. Il tenait encore le bébé dans ses bras et l'observait avec attention, puis le déposa à l'abri de la pluie, contre la porte en bois massif.

PROSERPIAS : Il sera différent des autres...
HERIOSSE : L'avenir nous dira si tu as vu juste. Il faut déjà qu'il survive à ce monde...
PROSERPIAS : Il reste sous notre protection. Nous le surveillerons tout au long de ta vie, mon enfant.

       Proserpias se leva, respira un grand coup, frappa à la porte et descendit rapidement les marches, tout en attrapant son ami par la manche. Tous deux disparurent dans les rues sombres de la ville, tandis qu'une jeune soeur ouvrait la porte. Elle regarda aux alentours et ne vit personne à part ce linceul sur la paillasse. Elle le prit dans ses bras, observa rapidement l'enfant puis la rue inanimée avant de refermer la porte derrière elle.

HERIOSSE : Comment va-t-on expliquer sa disparition ?
PROSERPIAS : Nous trouverons bien, mais sa réputation le précèdera très rapidement, je le crains. Son retour fera bien plus de bruit que nous ne pourrons l'imaginer.

       Un homme au visage inquiétant, vêtu d'un grand manteau de cuir marron, un tatouage en forme de serpent au cou, et avec plusieurs cicatrices sur le visage s'approchait d'eux à pas rapide et ne lâchait pas Hériosse du regard, qui ne voyait rien, trop occupé à parler à Proserpias.

HOMME : Hurlez et je vous tue tous les deux...
PROSERPIAS : Pardon ??

       Le visage de l'homme changea en un seul instant. Des plis se formèrent au niveau de son front, ses yeux marron virèrent au jaune et de longues canines étaient devenus apparentes entre ses lèvres. Le vampire attrapa Hériosse par le col et l'amena à lui, tandis que Proserpias essayait de l'empêcher de mordre son ami. Le vampire frappa Proserpias à la nuque. Celui-ci chuta violemment au sol. Hériosse était pétrifié par la peur.

VAMPIRE : (à Proserpias, avec un sourire satisfait) Ne t'en fais pas, tu es le prochain, vieillard...

       Le vampire se tourna vers Hériosse à nouveau et approcha doucement ses canines près de son cou. Soudain, la créature recula brusquement et hurla de douleur avant de disparaître dans un nuage de cendres. Un homme armé d'un pieu en bois parfaitement taillé se tenait à présent devant Hériosse. Une cicatrice longeait son bras droit, et il regarda Hériosse, puis Proserpias avec déception.

PROSERPIAS : Asarath... Merci.
ASARATH : Ne vous avais-je pas dit de surveiller vos arrières ?
HERIOSSE : (tremblant encore et essayant de réajuster son col). Nous n'avons pas tes talents. 
ASARATH : Le petit est en sécurité ?
PROSERPIAS : (qui se relevait) Oui, la femme doit l'avoir récupéré maintenant.
ASARATH : Rentrons alors.

       Asarath tourna le dos à Proserpias, tandis son bras droit tout en parlant dans une langue inconnue dont il semblait avoir une parfaite maîtrise. Le vent se leva, des éclairs surgirent de nulle part tandis qu'un portail au ton bleu métallique et blanc apparaissait dans la rue. Hériosse et Asarath passèrent l'un après l'autre. Proserpias se retourna et observa la rue où il venait de déposer le petit.

PROSERPIAS : A bientôt...

Il passa à son tour à travers le portail qui disparut une seconde plus tard.

ECRAN NOIR

GENERIQUE

SCENE 1

Une semaine plus tard...

       La soeur qui avait recueilli le petit était assise à son bureau et remplissait une grande pile de papier, tandis que les enfants jouaient dans un jardin aménagé spécialement pour eux. Quelqu'un frappa à la porte.

SOEUR : Entrez, je vous prie.

       Une jeune femme aux cheveux auburn et au sourire radieux entra, accompagné d'un homme brun de grande taille qui la tenait tendrement par la main. Tous deux ne devait pas avoir plus de trente ans.

FEMME : Bonjour ma soeur. J'espère qu'on ne vous dérange pas...
SOEUR : Ah Lucy, Andrew. Je n'attendais plus que vous. Comment allez vous ?
ANDREW : Un peu stressé depuis quelques semaines, mais ce coup de fil d'hier nous a fait le plus grand bien.
LUCY : Vous n'avez toujours pas retrouvé la famille du petit ?
SOEUR : Non.... J'ai appelé tous les hôpitaux et la police.... Il n'y a eu aucun signalement d'enfants disparus, aucun parent n'est allé à la recherche d'un enfant depuis des mois. C'est à croire que ce petit n'a pas de parents.
LUCY : Etrange...
SOEUR : Et habituel malheureusement. Mais quand je l'ai vu, j'ai immédiatement pensé à vous.... Depuis le temps que vous attendiez d'adopter un enfant. Vous voulez le voir ?
LUCY : Avec plaisir.

       Tous deux suivirent la jeune soeur dans les couloirs de l'orphelinat, tandis qu'un autre soeur ramenait les petits à l'intérieur du bâtiment. Lucy regardait ses enfants comme si elle avait envie de tous les prendre dans ses bras.

LUCY : Tous ces enfants...
SOEUR : Ils ont moins de chance que le petit. La plupart ont grandi dans l'orphelinat, ce qui fait que peu de personnes ne les regardent. Certains devront peut être rester ici encore quelques années...

       La soeur ouvrit une porte et invita Andrew ainsi que Lucy à entrer. La pièce était petite, du papier peint bleu ciel était collé sur les murs, et un berceau ainsi qu'un parc étaient installés près du mur longeant la porte. Alors qu'elle était encore loin du berceau, Lucy apercevait déjà les quelques petits mouvements du bébé dans ses couvertures. Son coeur se mit à battre la chamade. La soeur s'approcha du berceau, sortit le bébé et le montra à Lucy et Andrew, qui avait posé sa main sur son épaule.

LUCY : Il est magnifique... Vous pensez qu'il a quel âge ?
SOEUR : Je n'en sais trop rien... Je dirai deux ou trois mois, mais en tout cas, il se porte comme un charme. Je n'ai jamais vu un bébé en aussi bonne forme.
LUCY : Je peux... ?

       La soeur sourit et hocha la tête. Elle mit le petit dans les bras de Lucy qui ne détacha pas une seule seconde son regard de ce petit bébé qui faisait de même et qui lui souriait. Un petit rire sortit de la bouche de l'enfant, émerveillant Lucy, une larme commençait à couler le long de sa joue, mais elle gardait toujours un grand sourire de bonheur.

SOEUR : Vous comprenez que si sa famille vient le chercher dans les prochains mois, je devrai vous prévenir ?
ANDREW : Au bout de combien de temps pourrons nous vraiment l'adopter ?
SOEUR : Plus tôt que vous ne le pensez. Mais chez vous, il trouvera un refuge chaleureux et d'ici quelques mois, vous aurez votre enfant.
LUCY : Je ne sais comment vous remerciez...
SOEUR : Vous voir aussi heureux tous les deux me suffit amplement... Venez, la paperasse nous attend maintenant.

La soeur se dirigea vers la porte puis se retourna.

SOEUR : Au fait, comment comptez vous l'appeler ?
LUCY : (tout en observant le petit) Miles... Il s'appellera Miles.
SOEUR : Miles Cooper... Très beau prénom. Suivez moi, il ne devrait pas y en avoir pour longtemps.

       Lucy déposa le petit dans son couffin, l'observa à nouveau quelques instants avant de sortir accompagné d'Andrew, qui referma la porte derrière lui.
Quelques heures plus tard, la voiture d'Andrew s'arrêta dans un quartier paisible de la banlieue de Los Angeles. Andrew sortit le premier de la voiture pour ouvrir la porte à sa femme. Elle sortit, le bébé dans ses bras et tourna la tête de Miles en direction d'une belle maison traditionnelle.

LUCY : Bienvenue chez toi Miles. 

       Tous trois entrèrent dans la maison. Lucy et Andrew amenèrent Miles dans une pièce de taille moyenne. La couleur des murs était bleu ciel, de léger reflets blanc laissaient penser que le mur était recouvert de nuages. Un grand parc, ainsi qu'un berceau, un grand bureau et un rocking-chair étaient déjà prêt. Lucy posa le petit dans son berceau et tous deux continuèrent de contempler ce petit bébé qu'ils espéraient depuis tellement longtemps. Andrew s'assit sur le rocking-chair, tandis que Lucy chantait une berceuse à Miles, qui s'endormit assez rapidement.
       La Pleine Lune brillait dans le ciel, tout était paisible dans le quartier de Lucy et Andrew. Une seule lueur éclairait faiblement le jardin de leur maison, provenant de la petite chambre de Miles. Lucy était là, assise sur son rocking-chair, près d'une table de nuit sur laquelle était allumé une petite veilleuse au ton bleu marine. Lucy continuait d'observer son petit avec adoration. Des bruits de pas se firent entendre, tandis qu'Andrew, à moitié endormi arrivait dans la pièce.

ANDREW : (en baillant) Tu n'arrives pas à dormir ?
LUCY : C'est surtout que je n'arrive pas à détacher mon regard de lui...

Andrew se pencha à son tour au dessus de berceau et vit Miles plongé dans un sommeil profond.

ANDREW : Je te comprends mon trésor.
LUCY : Il est différent des autres petits que nous avons eu l'occasion de voir.
ANDREW : Tous les bébés sont différents les uns des autres.
LUCY : Non, ce n'est pas ça que je veux dire. Il y a quelque chose chez lui... Quelque chose de tellement captivant que c'est impossible de ne pas penser à lui. Tout à l'heure, quand il s'est réveillé, j'ai approché ma main près de son visage, et il l'a tout de suite attrapé avec un grand sourire. 
ANDREW : Et ?
LUCY : Tu vas trouver ça idiot... Mais c'est comme si je me sentais protégé... Comme si j'avais l'impression qu'il ne me voulait que du bien, qu'il était là pour moi. Je n'ai pas bougé un pouce depuis tout à l'heure... J'espère vraiment que Marie Bénédicte ne nous appellera jamais...

       Andrew embrassa tendrement et retourna dans leur chambre, tandis que Lucy restait là, continuant à observer le petit Miles qui s'étirait dans ses couvertures, toujours endormi. Ses yeux commencèrent à se fermer doucement et elle s'endormit à son tour.

ECRAN NOIR

SCENE 2

07 Février 1993

       Le temps passait trop vite aux yeux de la belle Lucy Cooper. Alors qu'elle conduisait dans les rues de Los Angeles, elle observait Miles du coin de l'oeil avec son rétroviseur. Elle avait l'impression que c'était encore hier le jour où elle l'avait amené pour la première fois dans leur maison. Et pourtant, plus de six années étaient passées. Six mois après l'arrivée de Miles dans sa vie, le coup de téléphone de soeur Marie Bénédicte qu'elle redoutait tant fut l'annonciateur de la meilleure nouvelle qu'elle ait jamais eu. Elle et Andrew pouvaient enfin adopter Miles, et ils s'étaient empressés de le faire le lendemain de la nouvelle.
       Miles observait avec attention les gens marcher dans la rue. A chaque fois qu'il montait dans la voiture de ses parents, il adorait observer regarder toutes ces personnes défilés devant ces yeux à une vitesse folle. Lucy s'arrêta devant une des nombreuses banques de la ville et se tourna vers Miles.

LUCY : Je n'en aurai que pour cinq minutes.
MILES : Je peux venir avec toi, s'il te plait ? 
LUCY : (Avec un sourire) D'accord, tu pourras faire du charme à cette responsable, elle acceptera peut être un prêt.

       Miles rie quelques secondes et accompagna sa mère dans la banque. Il n'y avait pas tellement de monde pour ce milieu de semaine. Lucy alla au premier guichet vide et commença à parler avec l'hôtesse, tandis que Miles continuait de regarder tout ce qui bougeait autour de lui. Il regardait cet homme au costume rapiécé qui hurlait après celui qui semblait être le directeur de l'agence parce qu'il lui refusait pour la énième fois un prêt. Il voyait aussi cette jeune femme qui essayait de faire du charme au guichetier près de sa mère pour qu'il ne voit pas que le chèque était faux. Son regard se tourna vers les banquettes situées près des fenêtres de la banque. 
       Un homme au visage dur captait l'attention de Miles. Il regardait avec insistance les caméras disposés autour de lui, ainsi que le vigil de la banque. Paraissant peu sûr de lui, il se leva, passa sa main dans son manteau. D'instinct, Miles plaça sa main dans celle de sa mère. Elle le regarda et vit qu'il regardait avec inquiétude derrière elle. Elle se retourna à son tour alors que l'homme brandissait son arme au dessus de sa tête avant de tirer en l'air une fois. Il finit par pointer le revolver vers le vigil de la banque.

HOMME : Toi, jette ton arme! A  genoux tout le monde et que plus personne ne bouge!

       Le vigil s"exécuta. Il prit son arme, la posa à terre et l'envoya à l'autre bout de la pièce, loin de tout le monde. Le bandit lui fit signe de rejoindre les autres personnes près des guichets. Miles continuait d'observer le bandit avec curiosité, tandis que Lucy le prenait dans ses bras et faisait tout pour que le bandit ignore l'existence de son enfant.

HOMME : Si vous faîtes tout ce que je vous dis, vous rentrerez chez vous tranquillement. Toi là, sors tout ce que tu as.

       L'hôtesse qui parlait avec Lucy commença à remplir le plus vite possible un sac avec tout ce qui lui tomait sous la main, mais elle en mettait la moitié par terre. Paniquée et en sueur, elle se baissa pour ramasser le reste, tout en appuyant sur le bouton de l'alarme silencieuse. Elle se releva et vit le bandit qui était en train de menacer de son arme son collègue situé à quelques mètres d'elle car celui-ci ne voulait pas ouvrir sa caisse. Il le frappa à la nuque, passa de l'autre coté du guichet.

HOTESSE : (qui se penchait vers Lucy) La police arrive, ils ne sont qu'à deux rues.

       Lucy hocha de la tête, mais elle restait effrayée. Mais elle fut néanmoins étonnée par le comportement de Miles qui continuait d'observer le bandit qui remplissait avec rapidité le second sac. Alors qu'il passait de l'autre coté du guichet et qu'il s'apprêtait à prendre le sac de l'hôtesse, les premières sirènes de la police se firent entendre. Il se retourna vivement vers la sortie et poussa un juron.

HOMME : (vers l'hôtesse) C'est à cause de toi! Espèce de sale...

Sans elle même savoir pourquoi, Lucy se leva d'un bond alors que le voleur s'apprêtait à attraper l'hôtesse.

LUCY : C'est fini pour vous maintenant! Laissez la! Laissez nous!
HOMME : Tu crois que je vais t'obéir jolie rousse... Tu ne sais pas de quoi je suis capable. Ce n'est pas le premier casse que je fais! et ce flingue, il a déjà servi à égratigner des personne comme toi. Occupe toi de ton gosse au lieu de me...

       Le voleur pointait son arme sur Lucy et observa Miles l'espace d'une seconde.... Puis de plus en plus longtemps. Miles quant à lui, regardait le bandit avec la plus grande attention, mais ce qui frappa Lucy, c'est que le voleur paraissait de plus en plus effrayé au fur et à mesure qu'il dévisageait son fils. Elle vit son fils se concentrer sur le bandit, il ne tremblait pas, il n'avait pas l'air d'avoir peur, mais plutôt ailleurs. Lucy se tourna à nouveau vers le voleur. Une larme commençait à couler sur son visage, tandis qu'il retournait son revolver et qu'il le tendit lentement à Lucy. Encore surprise, elle ne savait pas quoi faire. Elle observa le vigil et lui fit signe de s'approcher. Celui-ci rampa vers Lucy, se leva et prit l'arme, tandis que le voleur s'agenouillait devant Miles.

HOMME : (la voix tremblante) Pardon...

       Miles ne dit rien et continuait de regarder l'homme qui se leva, leva les mains en l'air et passa la port de la banque tandis que les policiers s'approchaient de lui, menottes à la main. Dans la banque, personne ne semblait avoir compris. Seul le vigil et Lucy avaient véritablement assistés la scène. Les autres, trop effrayés, avaient gardés leurs têtes baissées. Le regard de Lucy avait changé, elle paraissait étonnée et effrayée, ne comprenant pas ce qui venait de se passer. Tout ce qu'elle savait, c'est que son fils y était pour quelque chose, mais elle ne pouvait pas expliquer comment et pourquoi.
       Une heure plus tard, Lucy et Miles sortirent du commissariat où celle-ci venait de faire sa déposition. Le vigil et elle s'était mis d'accord pour ne surtout pas parler du comportement de son fils pendant le braquage. Elle savait que les policiers lui riraient au nez en attendant un discours aussi abracadabrant. Elle attacha soigneusement son fil à l'arrière et de la voiture et s'installa à son tour. Mais elle ne démarra pas. Elle repensait encore et encore à cette scène. Cela faisait des années qu'elle sentait que son enfant était à part, mais elle ignorait que c'était à ce point là...

MILES : Ca va Maman ?
LUCY : Je crois... Mon coeur, qu'est ce qui s'est passé tout à l'heure ?

       Lucy observait Miles par son rétroviseur. Il ne la regardait pas, comme si il essayait lui même de comprendre ce qui s'est passé une heure auparavant.

MILES : Je ne sais pas Maman. Il m'a regardé et... Je ne sais pas ce qui s'est passé... Je te fais peur Maman ?
LUCY : (après quelques secondes) Absolument pas. Tu ne peux pas me faire peur. Après tout, nous sommes encore là, il ne nous ait rien arrivés.

Elle mit le contact et tous deux partirent du commissariat.

ECRAN NOIR

SCENE 3

12 Novembre 1996

        Miles aimait beaucoup ce nouvel univers qu'est le collège. L'ambiance de l'école était devenu de plus en plus pesante au fur et à mesure du temps qui passait, ainsi que des nombreux aléas qu'il avait connu. L'attaque du bandit à la banque du centre ville n'était qu'un des nombreux faits étranges qu'avait connus Miles ces trois dernières années. A partir de ces sept ans, il avait décidé d'écrire dans un journal toutes les choses étranges qui se passaient autour de lui. En trois ans, il avait eu le temps de remplir plus de deux cahiers, allant du fait bénin à d'autres choses tout aussi importante que la banque, tel que le jour où il avait fait une chute importante lors d'une randonnée dans les bois avec une de ces classes. Quand les son professeur le récupéra, elle fut étonné de constater qu'il n'avait aucune blessure apparente. Il avait même fait des radios le lendemain, mais il n'y avait aucune fracture. Les enfants autour de lui le trouvèrent tout à coup bizarre, certains le pointait du doigt dans la cour, disant de lui que c'était un monstre.
         C'était donc avec une certaine appréhension qu'il était arrivé au collège, mais la première journée ne s'était pas trop mal passé. Il avait même eu la chance de faire la connaissance d'une élève qui venait de débarquer en ville avec sa mère. Elle s'appelait Alyson et paraissait encore plus effrayée que Miles. Mais ils oublièrent tous les deux leurs passés assez durs pour reprendre leurs vies sur de meilleures bases. Ils passaient quasiment tout leur temps ensemble, rentraient chez eux ensemble, ne vivant qu'à deux rues l'un de l'autre.
         La journée venait juste de finir au collège Kensington. Comme à leur habitude, Alyson et Miles prirent les chemins les plus rapides pour rentrer. Après être passé près du grand stade du quartier et devant le quartier résidentiel le plus riche du coin, il ne leur restait plus que quelques rues avant d'être chez eux. Alyson avait passé une assez mauvaise journée, les élèves avaient découvert quelque chose qu'elle avait réussit à cacher jusque là.

MILES : Ce n'est pas si grave tu sais... je veux dire... Pourquoi leurs avis est si important à tes yeux ?
ALYSON : (qui regardait le sol) C'est que je pensais que ce serait différent ici. Mais non, dès que tes parents sont divorcés, tu deviens la bête de foire de la ville. 
MILES : Est ce que je te considère comme une bête de foire ?
ALYSON : Non mais...
MILES : Mais rien du tout. Tu n'est pas une bête de foire, tu es comme moi. On est normaux tous les deux, et c'est à nous d'ignorer ce que les autres pensent de nous.
ALYSON : Plus facile à dire qu'à faire. Toutes ces moqueries, je ne sais pas si j'arriverai à ne pas craquer un jour.
MILES : C'est ce que je me disais quand on me traitait de monstre. Tu as de la chance par rapport à moi tu sais.
ALYSON : Pourquoi ?
MILES : Tu as quelqu'un avec qui en parler...
ALYSON : Merci Miles. Je suis contente de t'avoir rencontrer.

         Elle esquissa son premier sourire de la journée. Miles posa sa main sur l'épaule de son amie, qui le regarda avec gratitude. Tous deux tournèrent au coin de la rue et ne regardaient pas devant eux, quand Miles reçut un projectile à la tête. Il s'agenouilla et regarda ses mains. Il y avait un peu de sang dessus. Alyson s'était penché vers lui et se tourna. Elle vit deux garçons de taille moyenne qui étaient en train de rire, des cailloux à la main.

GARCON 1 : Presque entre les yeux! Bravo!
GARCON 2 : Je savais que les monstres, ça saignait! Tu veux tenter ta chance ? Vise la tordue à coté de lui!
GARCON 1 : Rien de plus facile!

         Le garçon tendit une poigné de cailloux à son ami. Celui-ci en prit deux ou trois. Les deux premiers qu'il lança étaient loin de sa cible. Il lança le dernier avec plus de force et plus de précision. La pierre se rapprochait dangereusement du visage d'Alyson quand un poing se ferma juste devant son visage. Miles releva la tête, regarda les deux garçons qui leurs lançaient des pierres et jeta à son tour le caillou vers le premier garçon, qui le prit au milieu du ventre. Celui-ci se tordit de douleur et s'allongea sur le sol. Miles essuya son front et courut vers les deux agresseurs. Le second garçon aida son ami à se relever et tous deux s'enfuirent. 

MILES : Ne revenez plus, bande de trouillards! Ca va Alyson ?
ALYSON : Je n'ai rien, et toi?
MILES : Ca va. 
ALYSON : Laisse moi regarder ça.

         Alyson observa le front de Miles mais ne vit absolument aucune égratignure. Elle croyait pourtant avoir vu du sang sur les doigts de son ami ainsi que sur sa manche, mais même sa manche était on en peut plus propre.

ALYSON : Il n'y a plus rien... Je ne comprends pas, tu saignais il y a une minute!
MILES : (l'air innocent) Tu es sûre? Non, tout va bien, il faut croire que j'ai eu beaucoup de chance.
ALYSON : Tu n'as même pas mal ?
MILES : Si, un peu. (avec un rire sarcastique) Ca ne fait pas du bien de recevoir une pierre en pleine tête.
ALYSON : C'est sûr... Tu les connaissais ?
MILES : Je crois que l'un d'eux étaient dans ma classe l'an dernier.
ALYSON : Pas très rassurant... C'est le prix à payer pour être différent ?
MILES : Différent ? Nous sommes comme eux, sauf que nous sommes moins idiots... Bon, après toutes ces émotions, ça te dirait un chocolat chaud chez moi ? 
ALYSON : Avec plaisir.

         Alyson ramassa son sac à dos, attrapa Miles par le bras avec un grand sourire. Tous deux accélèrent le pas en voyant le soleil se coucher devant leurs yeux. Miles invita Alyson à rentrer chez lui avant de fermer la porte derrière lui. Il n'avait pas vu qu'un homme au vêtements étranges était assis sur le banc du parc juste en face de chez lui. Il avait de grands cheveux argentés et une barbe au teint blanc.

PROSERPIAS : Et bien... Tout a l'air d'aller pour toi, mon enfant... Mais il va falloir t'armer de courage. Ce qui s'est passé ses trois dernières années n'était que le commencement.

ECRAN NOIR

SCENE 4

23 Mars 2001

         Miles et Alyson étaient devenus les meilleurs amis du monde en  l'espace de quatre ans, surtout depuis le jour où le père d'Alyson avait décidé de retrouver sa femme et sa fille dans le but de les ramener avec lui à Chicago il y a un an de cela. Ce jour là, Miles eut réellement peur de perdre la seule véritable amie qu'il s'était fait ces dernières années, mais le père fut vite arrêté par la police et renvoyé à Chicago avec pour interdiction formelle d'approcher sa femme ou sa fille.
         Il ne restait plus que quelques semaines avant qu'ils ne partent du collège pour aller au lycée Hemery situé au milieu de la ville, et Miles ainsi qu'Alyson était plus que ravi de découvrir d'ici quelques mois. Comme tous les jours depuis deux semaines, pendant les temps de pause, Alyson lisait encore et encore les prospectus qu'elles pouvaient trouver sur le lycée.

ALYSON : Tu as vu ça ? Il y a un club de journalisme au lycée! C'est génial!
MILES : (qui finissait son hot-dog) Il y a déjà le club de théâtre et celui de langues qui t'intéressent. N'oublie pas que les journées ne font que 24 heures et que tu as besoin de dormir!
ALYSON : Tu as raison... Il va bien falloir que je choisisse un jour... Aide moi à choisir s'il te plaît!
MILES : D'accord... Ferme les yeux.

Elle s'exécuta. Miles prit les trois prospectus dédiés à chaque club et il  commença à les mélanger, puis mit les trois dans une de ses mains.

MILES : Choisis alors. Et tu ne pourras pas retourner en arrière.
ALYSON : (toujours les yeux fermés) Oui Chef! Alors ce sera...

Elle prit un des prospectus et le colla contre sa poitrine.

ALYSON : Alors, c'est lequel ??
MILES : Ouvre les yeux, tu verras bien.
ALYSON : Journalisme!!! Oui, ce sera bien oui. Bye théâtre et langues... Tu ne veux pas en faire toi ?
MILES : Pour l'instant, non. Mais peut être que je te rejoindrais au club de journalisme plus tard. J'adore écrire, tout comme toi.
ALYSON : Et d'ailleurs, quand aurai-je le privilège de lire un de tes petits journaux ?
MILES : Oula... Virage dangereux... Tu sais, pour l'instant, personne ne les a lus, et je crois que c'est bien mieux comme ça.

         Miles avait l'air nerveux. Il passait plusieurs fois ses mains dans son dos, comme s'il essayait de gratter un endroit de son dos qu'il ne pouvait atteindre. Alyson avait remarqué ce comportement depuis ce matin. Elle commençait à s'inquiéter sérieusement. Elle posa à son tour sa main sur le dos de Miles.

ALYSON : Ca va ? Il y a quelque chose qui te gêne ?
MILES : J'en sais rien. J'ai pas dormi de la nuit à cause de ça.
ALYSON : Des démangeaisons ?
MILES : Non, c'est différent... Je dirai que c'est plutôt musculaire, mais je ne pense pas que ce soit grave. J'en parlerai à mes parents ce soir si ça continue.
ALYSON : On peut aller à l'infirmerie si tu veux ?
MILES : Non, non, ça va aller, ne t'en fais pas. On a connu pire. Bon, on va en cours ? Il va bientôt être l'heure.
ALYSON : Si tu veux, mais je continue de penser que tu devrais aller à l'infirmerie...
MILES : Un jour, il faudra que tu arrêtes de t'inquiéter pour...

         Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il s'écroula sur le sol et commença à se tordre de douleur. Alyson était restée statique quelques secondes, mais elle s'agenouilla rapidement pour essayer de calmer son ami.

ALYSON : Miles! Miles! Qu'est ce qui se passe, dis le moi?!
MILES : Aide moi... Aide!! Moi!!
ALYSON : Appelez quelqu'un au lieu de le regarder vous autres! Ne t'en fais pas Miles, tout va bien se passer... Je suis là.

Tout à coup, Miles ne bougea plus, ses yeux était fermés, comme s'il dormait profondément.

ALYSON : Miles ? Miles?!! Ne me fais pas ça! Réveille toi, reste avec moi!

         La nuit tombait sur la ville. Miles était allongé sur un lit d'hôpital, alors qu'Alyson restait près de lui sans bouger. Elle ne pouvait le quitter du regard, et gardait la main de son amie dans la sienne. Lucy et Andrew se trouvait dans une pièce près de celle de miles et discutaient avec un médecin. Tous trois étaient en train de regarder les radios du dos de Mike.

DOCTEUR : (En pointant avec son stylo une partie de la radio) Voilà, nous pensons que la douleur vient de ces deux petites tâches blanches sur la radio, situées au niveau de la colonne vertébrale. Elle sont sur la même vertèbre et ont la même taille toutes les deux.
LUCY : Qu'est ce que c'est ?
DOCTEUR : Malheureusement, je n'en sais rien... Je ne préfère pas me prononcer tout de suite et vous inquiéter davantage. Je pense qu'il faut avant tout faire une biopsie pour savoir si ce dont souffre Miles peut être soigné.
ANDREW : Mais d'après vous... Est ce grave ?
DOCTEUR : Je n'ai jamais vu ça. Je crois que son cas est unique. Ces deux anomalies ont l'air d'être soudées directement à sa colonne vertébrale, et je ne sais pas à quel point. Je vais être franc avec vous, si jamais il faut opérer, je ne vous cacherai pas les risques. La douleur dont il a souffert tout à l'heure prouve que ces anomalies ont un lien direct avec son système nerveux... Cette zone est la plus sensible... Et Miles risquerait d'être paralysé à vie à la moindre erreur... 
LUCY : Mon Dieu...
DOCTEUR : Vous ne savez pas qui sont ses parents ? Ca pourrait peut-être nous aider...
LUCY : (qui faisait tout pour sécher ses larmes) Non... Nous nous sommes occupés de lui six mois avant de l'adopter. Personne ne sait d'où il vient.
DOCTEUR : Il sait que vous l'avez adopter dès sa naissance ?
ANDREW : Oui, nous ne voulions pas lui cacher ça. 
DOCTEUR : D'accord... Je vais devoir vous laisser, je dois voir un autre patient. N'oubliez pas que pour l'instant, ces anomalies ne sont qu'à un stade trop faible pour être un danger pour votre fils. Il se peut que ça reste comme ça toute sa vie. Gardez espoir. Je continue mes recherches de mon coté.
LUCY : Merci docteur...

         Alyson commençait à s'assoupir. Sa tête était posée sur le lit de Miles près de son bras. Mais elle n'était pas assez endormie pour ne pas sentir que Miles commençait à bouger. Il posa sa main sur le visage de son amie, qui se leva d'un bond avec un grand soupir de soulagement. Elle reprit la main de Miles et lui fit un sourire chaleureux.

MILES : (encore somnolent) Salut toi...
ALYSON : (qui remit sa main dans celle de Miles) Ah enfin!! Tu m'as fait une peur bleue tout à l'heure!
MILES : Désolé... Qu'est ce qui s'est passé au juste ?
ALYSON : Tu ne te souviens de rien ? Rien du tout ?
MILES : ... Je me souviens de la cafétéria, de toi en train de lire les papiers du lycée, que tu avais pioché celui du club de journalisme... On s'apprêtait à retourner en cours... Et après, c'est le trou noir...
ALYSON : Tu t'es écroulé au sol et tu t'es tordu de douleur avant de t'évanouir. Je ne savais pas quoi faire... Quand tu t'es évanoui, j'ai cru que... 
MILES : (qui voyait que ses yeux brillaient) Hey... Calme toi, je vais bien, regarde.
ALYSON : Comprends moi, ce n'est pas ce qu'il semblait il y a une heure de ça... J'étais tétanisée... Promets moi que tu ne me feras plus jamais ça, s'il te plait...
MILES : ... D'accord Aly... Je te le promets. Mais pour tout te dire, je ne sais toujours pas ce qui s'est passé.
ALYSON : (Qui essuie ses yeux) Je vais chercher tes parents. Je leur ai promis de les prévenir dès que tu te réveillerais.

         Alyson se leva et disparut dans les couloirs de l'hôpital avant de revenir une minute plus tard avec Lucy et Andrew, qui marchèrent rapidement près du lit de Mike. Lucy posa sa main sur le front de son fils, tandis qu'Andrew restait derrière elle, ses mains sur les épaules de son épouse. Alyson restait à l'écart, près de la fenêtre.

ANDREW : Comment te sens tu fiston ?
MILES : J'ai connu mieux... Désolé si je vous ai fais peur aujourd'hui. Je ne comprends rien...
LUCY : Tout va bien se passer mon ange, ne t'en fais pas.
MILES : Qu'est ce qui se passe ? Je connais ce regard Maman... Dis moi ce qui ne va pas.
ALYSON : Je ferais mieux de vous laisser... J'attendrais dans le couloir.
MILES : Non, reste Aly, s'il te plaît... Reste ici.
ALYSON : Très bien...
MILES : Maman, Papa... Qu'est ce que j'ai ?

         Lucy essayait de garder son calme, mais des larmes coulèrent rapidement de son visage, qu'elle s'efforça de sécher le plus vite possible, mais en vain. Elle serra sa main dans celle de Miles, tandis qu'elle s'asseyait sur le siège qu'occupait Alyson quelques minutes auparavant.

A suivre...

ECRAN NOIR

FIN DE L'EPISODE

© Fallen - Khyrladel - 2007

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Vendredi 17 Août 2007Poster un commentaire
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